Essai | Infiniti Q50

Sylvain Lhote

03 avr. 2017, Editorial

INFINITI Q50 : LE SECOND SOUFFLE

Peu connu sur le marché français où il est pourtant présent depuis six ans, Infiniti passe à l’offensive. Catalogue enrichi et offre redéfinie : la marque premium de Nissan met les bouchées doubles. Cela se traduit notamment par le remplacement de la G37 par une Q50 bien plus expressive.

Hors du milieu automobile, peu de gens savent ce qu’est Infiniti. Pour utiliser une analogie, on pourrait dire qu’il est à Nissan ce que Lexus est à Toyota : une marque haut-de-gamme dédiée à la réalisation de véhicules dont les prestations, et donc les prix, vont au-delà des attentes habituelles de la clientèle généraliste.

Pour commercialiser de tels véhicules, Nissan n’a pas le positionnement adéquat. C’est pourquoi Infiniti a été fondé en 1989. Officiellement arrivé en Europe en 2008, la nouvelle marque a, depuis lors, quelque mal à s’y faire sa place. Dans le domaine du premium automobile, l’image est un critère essentiel. Et, quelle que soit la qualité des produits proposés, Infiniti n’a pas encore réussi à imposer la sienne. En France, sa diffusion reste d’ailleurs confidentielle : 197 immatriculations en 2013. Pour ne rien arranger, Infiniti a été victime des nouvelles règles de malus qui, l’an passé, ont touché de plein fouet ses SUV.

La Q50 marque donc comme la véritable arrivée d’Infiniti sur un segment assez porteur, notamment au niveau de la clientèle professionnelle. Elle devrait faire oublier sans peine sa devancière la M35 dans la mesure où elle est apparaît bien plus adaptée au marché qu’elle vise.

Esthétiquement tout d’abord. Bien plus démonstratif, le style de la Q50 la fait remarquer dans la rue sans tomber dans l’outrance. Boucliers sculptés, arrière massif mais sans réelle lourdeur, nouvelle calandre (évoquant, selon le constructeur, un pont et son reflet dans l’eau), ligne latérale assez fluide et dessin très caractéristique de la vitre de custode... La Q50 affiche une personnalité qui faisait grandement défaut à la M.

Techniquement ensuite : en plus de la motorisation hybride essence 3.5 - 364 ch déjà connue sur la M, elle se dote du Diesel qui manquait - notamment sur le marché français - à la gamme précédente. Ce quatre cylindres 2.2 - 170 ch, associé à une boîte manuelle à six rapports ou automatique à sept rapports, n’est pas tout à fait un inconnu puisqu’il a notamment animé les versions 220 CDI des Classe C et Classe E de Mercedes-Benz. Il est de plus mauvaises références... L’apparition de ce bloc allemand sous un capot japonais est l’un des résultats des accords de coopération passés entre l’Alliance Renault-Nissan et le Groupe Daimler.

Longue de 4,79 m pour un empattement de 2,85 m, large de 1,82 m et haute de 1,44 m, al Q50 est une voiture relativement imposante. Tricorps, elle dispose d’un coffre de 500 l. Si cette valeur n’a rien d’exceptionnelle sur un véhicule de ce gabarit, on appréciera en revanche un habitacle suffisamment spacieux pour loger trois adultes à l’arrière dans de bonnes conditions de confort. On notera au passage que, bien que remplaçante de la M, la Q50, basée sur une nouvelle plateforme, n’en est pas une évolution.

L’ambiance intérieure est digne de ce que l’on attend à ce niveau de gamme. Finitions et assemblages irréprochables, matériaux bien choisis et ergonomie soignée. Le véhicule essayé bénéficiait de la finition Premium, dotée d’un équipement de série très complet. On appréciera particulièrement les deux écrans tactiles de la console centrale permettant d’évoluer parmi les différentes fonctions et réglages de la voiture sans devoir renoncer aux indications du système de navigation. Les commandes tactiles sont suffisamment intuitives pour que les molettes et commodos divers deviennent rapidement superflus.

Pour la conception des sièges, Inifiniti s’est carrément inspiré de recherches de la NASA : les ingénieurs sont partis de la position naturellement adoptée par un corps en apesanteur pour littéralement dessiner le siège autour. La colonne vertébrale est ainsi mieux soutenue et la circulation sanguine s’en trouve favorisée, réduisant d’autant la fatigue.

Au démarrage, le Diesel se montre un peu sonore mais le phénomène s’estompe rapidement en roulant, la Q50 se montrant particulièrement silencieuse. Avec un couple maximal de 400 Nm entre 1 600 et 2 800 tr/mn, le 2.2 D offre des performances correctes pour une voiture qui, avec cette motorisation, pèse tout de même 1 750 kg à vide.

L’une des grandes innovations introduites sur la Q50 est le DAS (Direct Adaptative Steering), une direction entièrement électrique, sans liaison mécanique entre le volant et les roues, du moins en temps normal. En effet, pour satisfaire à la législation actuelle, elle embarque une colonne de direction et une crémaillère qui s’enclenche en cas de défaillance électrique ou électronique. Ce sont donc deux moteurs électriques qui font tourner les roues tandis qu’un troisième récrée l’effort correspondant dans le volant. Le système n’est finalement pas très éloigné de celui des commandes by wire utilisées dans l’aviation. Paramétrable en termes de réponse et de dureté, cette direction offre, d’après Infiniti, une précision et un plaisir de conduite inédits. De plus, des caméras scrutent les bandes blanches délimitant la route peuvent aider au maintien dans la voie de circulation, y compris en virage. Un premier pas vers une future conduite robotisée ?

Le véhicule essayé n’était toutefois pas doté de cet équipement et faisait donc appel à une direction électro-hydraulique classique. Bien qu’un peu lourde à basse vitesse, elle se montre suffisamment précise pour tirer parti des bonnes dispositions de la voiture. La boîte automatique - la 7G-Tronic de Daimler - favorise clairement l’économie. Ainsi, si l’on reste facilement sous la barre des 7,0 l/100 km sur un parcours varié, il faut composer avec une boîte douce mais pas très réactive, qui rétrograde bien en descente mais accuse parfois un petit temps de retard lors des accélérations.

L’amortissement, assez ferme, offre une bonne tenue de caisse dans les virages appuyés et cette propulsion ne démérite pas sur les petites routes. Le poids reste malgré tout bien présent et, même si le Drive Mode Selector propose un mode « Sport », la Q50, au moins dans cette configuration, est avant tout une grande routière bien plus qu’une sportive.

L’image d’Infiniti reste à construire mais la Q50 prouve que le constructeur japonais sait faire des produits de qualité, dignes de ses ambitions. Caractérisée par un rapport prix/prestations particulièrement favorable, la Q50 ne devrait pas susciter de regrets chez ceux qui décideraient d’aller regarder plus loin à l’Est que l’autre rive du Rhin.

Sylvain LHOTE

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